BEETHOVEN : Trio N°7 op. 97 "à l'Archiduc"

Allegro Moderato – Scherzo : allegro – Andante cantabile ma pero con moto – Allegro Moderato, presto

 

Durée d'exécution : 50 minutes environ

 

 

Le Trio op. 97 doit son nom à l’Archiduc Rodolphe, un bon musicien et un meilleur ami encore, que ce trio allait immortaliser, mais à qui sont dédiés aussi trois sonates, dont « Les Adieux » et l’opus 111, les 4e et 5e concertos pour piano, la messe en ré, deux quatuors dont « La grande fugue », etc. Ecrit début 1811, il fut créé lors d’une soirée de musique de chambre organisée le 11 avril 1814 par Schuppanzigh ; il était au violon, Beethoven au piano et Linke au violoncelle. Ce devait être l’une des trois dernières apparitions publiques de Beethoven en tant qu’instrumentiste.

 

Ce n’est pas sans raison que le trio op. 97 constitue la page la plus illustre et la plus universellement connue des trios. Elle est à la fois l’une des plus accomplies dans le domaine du développement et l’une des plus élevées dans celui de l’inspiration, fort lointaine de celle du 11e quatuor, le quartetto serioso, qu’il avait composé quelques mois plus tôt, après s’être vu repoussé par Theresa Malfatti, la fille d’un célèbre médecin viennois qu’il avait demandée en mariage.

 

Le trio op. 97 respire au contraire une vitalité et un courage qu’aucune pensée morose ne trouble plus, une victorieuse confiance en soi qui donne à penser qu’une crise grave a été vaincue, suivie de la joyeuse fierté de s’être retrouvé soi-même : dans l’exaltation de la victoire, l’artiste laisse libre cours à son optimisme et donne ainsi l’une des œuvres les plus heureuses de sa musique et chambre.

 

Dans l’Allegretto Moderato, Beethoven installe un climat de paix dès l’exposition du premier thème, noté dolce e cantabile. Pas d’opposition ici entre les instruments, mais plutôt une volonté commune de dialoguer intimement. Les treize premières mesures font pressentir le rôle conducteur très marqué que Beethoven entend accorder au piano . Par une modulation inattendue en sol majeur, ponctuée de doubles cordes en contretemps, c’est encore le piano qui introduit un second thème d’une grande simplicité mélodique. Le discours est repris immédiatement par les cordes et une limpide conversation conduit à un développement avec un épisode d’un modernisme surprenant : trilles au clavier alternant avec les pizzicati des cordes où l’on perçoit une expression d’anxiété qu’une réexposition plus sereine va bien vite dissiper. Une brève coda dans laquelle éclate le premier thème en sa puissance, clôt le mouvement.

 

Dans le Scherzo, Beethoven semble d’abord s’amuser avec une gamme de si bémol qu’il confie tour à tour aux trois instruments, puis, comme s’il ne voulait pas s’attarder davantage à ce jeu, une rupture subite intervient sous la forme d’un bref fugato chromatique, mystérieux et assourdi, qui conduit à un thème exultant et bouffon. La coda rappelle le fugato en l’éclairant d’une couleur harmonique nouvelle, ainsi que le thème du scherzo partagé avec humour entre les trois instruments.

 

L’Andante du troisième mouvement est un thème choral dont la ferveur incite au recueillement. Les variations qui suivent semblent accroitre la densité du temps : étonnante relation entre des valeurs rythmiques de plus en plus brèves et une durée allant en s’élargissant. De la phrase initiale, Beethoven ne conservera le plus souvent que la structure harmonique, nous entraînant dans le rêve au gré de la main gauche du clavier et des modulations subtiles, revenant à une évocation du thème plus apaisée et plus immatérielle encore. La dernière modulation interrogative rappelle étrangement celle de l’Appassionata ou celle, plus proche encore du Quartetto serioso.

 

La brusque intrusion du rondo final semble vouloir chasser la trop grande tension créée par l’andante ; le souffle fantastique de l’inspiration fait avancer la musique jusqu’à un point encore jamais atteint. Le registre élevé du violoncelle, le grave du violon, une profusion de trouvailles pianistiques, tout concourt à l’expression d’un dynamisme concentré, d’une gaieté cosmique que nous ne retrouverions, en plus ambigus, que dans le troisième mouvement du quatuor en si mineur.

 

Si l’on excepte le mouvement en trio en si bémol majeur et les variations « Kakadu » op. 121A, le trio « à l’Archiduc » est le dernier qu’ait écrit Beethoven ; c’est l’aboutissement d’un long chemin qui, de l’intime musique des trios op 1, l’aura conduit à cette œuvre de caractère symphonique. Sans doute Beethoven pensait-il avoir amené le trio avec piano jusqu’aux extrêmes limites de ses possibilités expressives, à l’endroit où un pas de plus l’aurait forcé à briser les limites du genre. Aussi, sagement, confiera-t-il désormais à d’autres formations musicales le soin de délivrer son message.

 

(Source : Société de Musique de Chambre de Marseille)

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