MOZART Quatuor N°15 K.421

Allegro moderato-Andante-Menuetto. allegretto-Allegro ma non troppo

 

Ce n’est pas dans l’actualité – l’accouchement de Constance – qu’il faut chercher les raisons de la dominante sombre de cette œuvre, conçue déjà depuis longtemps, comme si revenaient à la surface de la conscience les luttes de Mozart pour se libérer et mener sa vie comme il l’entendait. On peut remarquer que le ton en ré mineur, souvent employé pour des mouvements lents et méditatifs par Mozart lui-même, envahit ici les mouvements rapides et toute l’œuvre, comme si le regard tragique posé sur la vie ne se contentait plus de la réflexion, mais exigeait le courage de l’action libératrice. Jean et Brigitte Massin parlent à propos de cette œuvre de « l’intimité du trait, la sobriété concise des lignes, un regard si net qu’il exclut presque le recours à l’émotion extériorisée, une démarche si ferme qu’elle limite au maximum les vibrations de l’inquiétude ».

 

Allegro Moderato

L’allegro initial, très moderato, correspond parfaitement à cette approche des Massin. Ce mouvement très rectiligne progresse dans l’inquiétude, avec ses accords interrogatifs descendants et ses deux thèmes anxieux, résolus en ré mineur au cours du développement.

 

Andante

L’andante, en unité de ton avec l’Allegro, avec un thème dépouillé de quatre notes ascendantes, progresse avec simplicité et une certaine obstination, soulignée par le da capo. Même s’il s’anime un peu en son milieu, il est vite dominé par la résignation de la marche andante.

 

Menuetto Allegretto

Le Menuet, ici, n’est guère une danse ; plus agité d’ailleurs que véritablement animé, il ne quitte pas le ton mineur. Ses rythmes pointés et fiévreux expriment une douleur virile. Soudain le trio, donnant le vedette dans des tons aigus au premier violon, accompagné par les pizzicati de ses partenaires, cisèle un rêve de bonheur, sur un thème qu’on ne parvient pas à trouver vraiment joyeux, avant que ne reprenne inexorablement le menuet tragique.

 

Allegro ma non troppo — Più allegro

Le thème très dansant et rythmé de la sicilienne qui constitue le Finale s’impose avec élégance, mais a du mal à cacher son désespoir. Il reste reconnaissable à travers ses quatre variations. La première fait la part belle aux ornementations du premier violon, comme pour cacher l’essentiel. La deuxième joue sur les accents et des effets de rythme annonciateurs des romantiques. La troisième privilégie l’alto et cède au pathétique. C’est alors que la quatrième nous fait la surprise d’un moment de bonheur, paisible berceuse. Cet apaisement permet sans doute le jaillissement d’une coda aux accents passionnés, non sans rappeler les tourments du « Sturm and Drang », qui conclut l’œuvre dans une énergie retrouvée.

 

(Source : Société de Musique de Chambre de Marseille)

 

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