SCHUBERT : Trio N°2 op. 100

Allegro - Andante con moto - Scherzando. allegro moderato - Trio, Allegro moderato

 

On sait que Schubert n’a écrit que deux trios pour piano, violon et violoncelle, en entier, l’un en l’été 1827, le n°1 op. 99 en si bémol majeur, l’autre en novembre de la même année, que nous entendrons ce soir. Tous deux ont quatre mouvements, d’ample dimension ; mais le caractère viril et alerte et la force dramatique du second s’opposent au lyrisme et au charme presque féminin du premier. Si l’on veut bien se souvenir que l’année 1826 est celle du quatuor en ré mineur (la jeune fille et la mort) et 1828 celle du quintette pour deux violoncelles dont la composition précède de si peu sa mort, on ne peut manquer d’être frappé de ce caractère funèbre et certainement prémonitoire des dernières œuvres de Schubert.

 

La forme de ce trio n°2 se caractérise par deux traits particuliers qu’il convient de relever : le rôle très important, presque concertant, dévolu au piano et la volonté délibérée de marquer l’unité de la composition par des rappels thématiques d’un mouvement à l’autre. Bien qu’écrit presque en même temps que l’op. 99, il est d’inspiration fort différente. Sa force dramatique, son caractère viril et alerte s’opposent au lyrisme et au charme presque féminin du Trio en si bémol.

 

Le premier mouvement, Allegro, est d’une richesse d’invention magnifique et d’un tour passionné et ardent. Le premier thème, décidé et énergique, dont nous réentendrons un écho dans le scherzo, est suivi au cours de l’exposition, d’un second, quelque peu hésitant, puis d’un troisième, dont la mélodie généreuse n’est pas sans évoquer un motif de la symphonie « inachevée ». Le développement aux modulations brusques et nombreuses est très tourmenté, mais il est suivi de la réexposition, dont l’écriture beaucoup plus réservée, plus « classique », apporte un certain apaisement.

 

Le deuxième mouvement, Andante con moto, aurait été inspiré par un lied suédois par le ténor Isaac Berg chez les demoiselles Frohlich (les quatre filles, toutes excellentes cantatrices, d’un marchand viennois chez qui le compositeur était fréquemment invité) . Schubert en aurait immédiatement saisi l’aspect funèbre et c’est bien ainsi qu’il se présente dans cet Andante. Schubert le traite d’ailleurs comme une ballade romantique dont l’inquiétude confine à l’angoisse et dont l’impression, en fin de morceau, est celle d’une détresse totale.

 

Le troisième mouvement, Scherzo, retrouve la tonalité initiale. Sa parenté thématique avec le premier thème du premier mouvement a déjà été soulignée. Par sa forme, il reste proche du menuet classique et plus spécialement des symphonies et sonates de Haydn, dont il s’inspire visiblement.

 

Le dernier mouvement, Allegro moderato, reprend d’une manière très originale, le principe d’architecture que Beethoven avait déjà utilisé dans son trio op.70 n°2, lui-même en mi bémol : la construction de tout un mouvement sur l’opposition de deux épisodes nettement différenciés, l’un à 6/8 en mi bémol, d’allure très mozartienne, l’autre à 4/4 mais en ut mineur, avec des rappels du thème suédois. Le développement dont les tonalités de base sont si mineur et ré mineur, évoque le désespoir et la mort : et les inquiétants silences, puis les lourds arpèges descendants se réduisent ensuite à une seule note, répétée, qui sonne comme un avertissement, ajoutent à ce climat de désolation et de funèbre prémonition qui sont la marque des dernières années de Schubert.

 

(Source : Société de Musique de Chambre de Marseille)

 

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L'andante con moto par le trio Wanderer...