BEETHOVEN : Concerto pour violon opus 61

  • Allegro ma non troppo, Longue introduction de l'orchestre rythmé par le leitmotiv de quatre notes égales auquel enchaîne le violon dans une progression harmonique du grave à l'aigu.
  • Larghetto
  • Rondo allegro

 

Durée d'exécution : 50 minutes environ

 

« Le concerto des concertos », résumait parfaitement le violoniste Joseph Joaquim. Avec l’opus 61, Beethoven tourne une page dans l’histoire du genre. A la virtuosité démonstrative des Viotti, Rode ou Kreutzer, il substitue une écriture purement musicale. La portée révolutionnaire de son geste apparait encore aujourd’hui. Beethoven donne une importance sans précédent à l’orchestre ;le tutti qui précède l’entrée du soliste reste probablement le plus long du répertoire. Et que dire des cinq coups de timbale liminaires, aussi absurdes que géniaux ! Même Mozart n’aurait pas osé ce motif obsessionnel, qui revient près de soixante-dix fois. Tel est le défi du premier mouvement : faire évoluer la couleur percussive de ces cinq notes vers une multitude d’autres. Ce procédé soutient le souffle grandiose de la partition, déploie sa forme monumentale. Pendant ce temps le violon assume un rôle plus modeste que de coutume, dans un dialogue permanent qui équilibre les positions. Faute de cadence originale, on peut adopter celle qu’écrivit Beethoven dans une version ultérieure pour piano.

 

Le larghetto central joue aussi sur les changements de teinte, à travers une forme à variations. Aucune autre page d’un concerto pour violon ne nous dérobe ainsi au monde terrestre.

 

Le troisième mouvement, en rondo, regarde peut-être davantage vers la manière française. L’œuvre ressemble cependant à son créateur, le violoniste Franz Clement ; on lui connait un jeu fin, clair, sûr et très propre, surtout dans l’aigu – ce que reflètent les passages haut perchés. Les échos de la création le montrent à son avantage malgré l’achèvement tardif du concerto. On sait qu’il donna lors du même concert une improvisation brillante ; le public s’y retrouvait sans doute mieux que dans la dimension sublime, peu spectaculaire de l’opus 61. Il faudrait le génie de Joachim et Mendelssohn pour faire aimer durablement la partition que chérissait déjà… Paganini !

 

Luca Dupont-Spirio (Diapason).