BEETHOVEN Sonate op 110

  • Moderato cantabile molto espressivo
  • Allegro molto
  • Adagio, ma non troppo – Fuga ; Allegro, ma non troppo

 

La sonate op 110, en la bémol majeur, est la plus chantante de toutes les sonates de Beethoven. Le premier mouvement est ainsi exceptionnellement lyrique. Sa première phrase est un magnifique témoignage de bel canto, baigné dans une douce lumière. Elle éclate en arpèges qui inondent tout le clavier, avant d'entamer une ascension somptueuse de couleurs vers la nuance forte. Le développement n'a rien de conflictuel : c'est plus une reprise dans le mineur, dans un éclairage plus sombre, selon un procédé qui sera celui de Schubert. La réexposition n'est pas régulière : blessée par le développement, elle ne reprend l'exposition qu'au travers du voile mélancolique du souvenir. Quelques accords voilés de regrets suffisent pour conclure, et en même temps assurer la transition vers le mouvement suivant.

 

Celui-ci, bien qu'à deux temps, a le caractère d'un scherzo, avec sa bonne humeur quelque peu rustaude et empruntant aux chansons populaires. Le trio, basé sur une descente du clavier de la main droite et le pizzicatis montants de la mains gauche, frappe par son irrégularité et apporte une touche d'humour grinçant quelque peu inquiet : d'ailleurs la reprise du scherzo se termine dans l'attente de quelque chose de terrible.

 

Un récitatif désolé ouvre la construction gigantesque du finale. Jamais l'analogie entre le piano et la voix humaine parlée n'aura été aussi saisissante, avec ses inflexions, ses sanglots étouffés, ses supplications. Comme dans un opéra, à ce récitatif succède un aria. L'art du chant au piano est porté au sommet : ample respiration, dignité majestueuse qui ne souligne que davantage une profonde et insondable tristesse. Mais voici un thème lumineux qui s'avance, prend la forme d'une fugue. Ce n'est pas la fugue violente et libertaire de l'Hammerklavier, mais quelque chose d'une sérénité invincible tant elle est sûre de la force qui l'anime. Elle progresse, conquiert le clavier avec lenteur et certitude ; mais au moment de conclure, le paysage se brouille soudain. Pas besoin de nouveau récitatif : l'aria se réinstalle d'emblée, cette fois ravagé de douleur, sans cesse entrecoupé de sanglots. Il s'éteint : mais de puissants accords crescendo ramènent la lumière. La fugue, sous forme renversée, reprend alors le combat, traverse des lieux terribles dans une irrésistible montée vers la lumière. Même les chansons populaires du scherzo reviennent furtivement le soutenir. Enfin voici le ciel : sur une assise de doubles croches puissantes à la basse, le thème de la fugue déploie son chant puissant et conquérant, et savoure un triomphe total.