BRAHMS : Sonate violoncelle piano n°1 op 38

 

Allegro non troppo 
Allegretto quasi minuetto
Allegro

 

Cette sonate fut composée de 1862 à 1865, plus de vingt ans avant la seconde en fa majeur opus 99, et créée à Vienne beaucoup plus tard, en février 1874. Elle est dédiée au docteur Joseph Gansbacher, violoncelliste de qualité, qui a contribué à faire élire Brahms au poste de chef de la Singakademie de Vienne.

 

A l'origine, elle comportait quatre mouvements, avec un adagio supplémentaire, sans doute celui que Brahms, après l'avoir un peu remanié, utilisera pour l'adagio de la seconde sonate. Nous voici donc en présence d‘une sonate en trois parties, et sans mouvement lent.

 

Partition concise, d’une grande simplicité de structure, elle dégage un charme que n'altèrent jamais la véhémence du discours ni l'ambiguïté des éclairages crépusculaires, charme qui lui a valu le surnom de « sonate pastorale », par lequel on la désigne parfois.

 

Le premier mouvement Allegro ma non troppo est de forme sonate à trois thèmes, utilisés de façon très cloisonnée, sans subtil travail thématique, comme si ces thèmes, d'un beau dépouillement, ne pouvaient que rester dans leur état d'origine. Ils se succèdent sans se prêter aux combinaisons et aux déformations habituelles : le premier, ample, d’une noblesse virile, à la fois héroïque et mélancolique, s’accorde à l'expressivité et aux couleurs du violoncelle, chargé de sa première présentation; le deuxième est plus rude, rythmique et dramatique ; le troisième, exposé d‘abord au piano, est mélodique, tendre et mystérieux.

 

Dans le deuxième mouvement, Allegretto quasi menuetto, se succèdent trois motifs au sein d'une organisation très simple, l’épisode central étant un trio. Le thème clé l’allegretto proprement dit est traité dans l’esprit d’un divertissement, celui du trio, d’un caractère mélodique affirmé en étant directement issu. Là encore s’exprime l’unité du matériel thématique utilisé dans la construction de cette sonate.

 

Le Finale, Allegro, tient à la fois de la forme sonate traitée avec une grande liberté, et de la fugue: le premier thème s'apparente au Contrapunctus XVIII de I’Art de la Fugue de Bach, hasard ou hommage d‘un admirateur. On discerne encore aisément les trois parts de la forme sonate, et l’écriture fuguée est exemplaire, mais ce mouvement, tout en gardant leur caractère expressif, n’a pas la même simplicité de forme ni d‘écriture que les précédents ; le climat de légende et de ballade nordique se colore d’un fantastique qui provient non seulement de la pulsation rythmique particulière à ce morceau, mais de la façon dont les thèmes sont agencés entre eux : une grande précision s'accommode d’une apparente fantaisie qui transforme ce final fugué en un irrésistible jaillissement.

 

(Source : Société de Musique de Chambre de Marseille)

La sonate n°1 en entier par Jean-Guilhen Queyras...