Clara SCHUMANN Œuvres pour piano

 

Clara Wieck, de son nom d'épouse Schumann, née à Leipzig le 13 septembre 1819 et morte le 20 mai 1896 à Francfort-sur-le-Main, est une pianiste et compositrice allemande. Considérée comme l'une des plus grandes pianistes de l’époque romantique, elle compose des concertos pour piano et de la musique de chambre. Elle est l’épouse du compositeur romantique Robert Schumann et le couple est très proche de Johannes Brahms. Elle est la première à avoir interprété les œuvres de son mari et celles de Brahms, et elle se produit également auprès du violoniste Joseph Joachim.

 

À l’âge de onze ans, elle commence à partir en tournée. Sa carrière internationale se poursuit pendant 61 ans. En 1878, elle intègre le Conservatoire Hoch de Francfort comme professeure de piano.

 

En 1827, l'année de ses huit ans, elle rencontre Robert Schumann, qui étudie auprès de son père et est âgé de dix-sept ans. À l'âge de seize ans, elle s'éprend de lui. Celui-ci demande sa main à son père lorsque la jeune fille atteint sa 18e année. Mais Wieck s'oppose vigoureusement à leur mariage. Les amoureux sont séparés de force, mais communiquent par le biais d'amis et de messages musicaux dans les concerts de Clara. Le mariage est finalement célébré en 1840 à Schönefeld en exécution d'une décision judiciaire. Huit enfants, dont Felix Schumann, vont naître de leur union, ce qui ralentit fortement le parcours musical de Clara Schumann.

 

Première interprète des œuvres de son mari, elle fait connaître et apprécier sa musique dont, selon ce dernier, elle est alors la seule à bien comprendre les délicatesses. Clara Schumann est elle-même la compositrice d'une quarantaine d'œuvres, mais elle néglige en partie la composition au profit du piano et de son rôle de maîtresse de maison. En tant que pianiste, elle est considérée comme l'une des plus grandes pianistes du XIXe siècle.

 

En 1854, Robert Schumann est interné à l'asile pour aliénés du Dr Richarz, près de Bonn. Veuve en 1856, Clara Schumann devient l'amie, la conseillère et l'inspiratrice de Johannes Brahms, mais elle affirme désormais que ses seuls moments de bonheur sont ceux où elle joue ou écoute la musique de son mari disparu.

 

De son vivant, Clara Schumann est reconnue à travers le monde. Elle se lance dans des tournées en Angleterre, en France, en Russie jusqu'en 1891, date de son dernier concert. Entre 1831 et 1889, elle réalise plus de 1 300 performances dans toute l’Europe. Elle passe une grande partie de sa vie à interpréter les œuvres de son mari, de Brahms, Chopin et Mendelssohn. En 1831, elle se produit au Gewandhaus de Leipzig, où elle est remarquée par les grandes personnalités et compositeurs de l'époque comme Goethe ou Chopin.

 

« Nous avons entendu la petite Wieck à Leipzig. C’est une véritable merveille. Pour la première fois de ma vie, je me suis surpris à admirer avec enthousiasme un talent précoce. Exécution parfaite, mesure irréprochable, force, clarté, difficultés de tout genre surmontées avec bonheur [...] Le piano sous ses doigts prend de la couleur et de la vie. »

 

En tournée à Paris, elle connaît un triomphe. Dès 1829, Clara publie ses premières œuvres, Quatre Polonaises tandis qu'en 1832, Robert publie Papillons ; Clara joue cette œuvre en concert l'année même. Entre 1834 et 1836, elle compose les Soirées musicales, qui connaissent un grand succès notamment auprès de Liszt. Sa plus grande période de production a lieu après la mort de son mari, entre 1856 et 1873. En 1865 elle est applaudie pour son interprétation de l’œuvre de Beethoven, Piano Concerto en sol majeur, en Grande-Bretagne.

 

Son travail de composition est moins conséquent que son travail d’interprétation et de transcription en tant que pianiste, alors qu'elle semble posséder facilité et sensibilité vis-à-vis de la création. De 11 à 29 ans, elle compose une à huit pièces par an. Sa rencontre avec Brahms en 1853 a stimulé sa créativité. En effet, cette année-là, elle compose 16 morceaux, qui seront publiés un an plus tard. La dernière année de sa vie, elle réalise plusieurs ébauches de préludes au piano pour ses étudiants mais la plupart demeurent incomplètes.

 

Ce serait en écoutant son petit-fils, Ferdinand, interpréter une œuvre de son célèbre aïeul (Romance en fa majeur, op. 28 no 2) qu'elle meurt le 20 mai 1896, ayant enduré vers la fin de sa vie des problèmes de surdité. Elle est enterrée aux côtés de son mari au Vieux-Cimetière de Bonn.

 

La majeure partie des travaux de Clara Schumann n’a jamais été jouée de son vivant, puis l’artiste a été effacée des mémoires jusqu’en 1970. Depuis, ses œuvres sont activement retravaillées et enregistrées.

 

Son effacement du milieu de la composition est directement lié à sa condition de femme. Une des raisons pour lesquelles Friedrich Wieck s'est opposé à l'union de sa fille avec Robert Schumann est qu'il n'était pas connu alors que sa fille l'était. Clara Schumann semblait aspirer à une certaine liberté avant de se marier : « J’ai besoin d’une vie sans soucis afin d’exercer mon art en toute tranquillité. [...] Vois si tu penses pouvoir m’offrir une existence telle que je la souhaite. 24 novembre 1871. »

 

La tranquillité s'estompe vite quand l'artiste se voit confrontée aux tâches domestiques, que son père lui avait épargnées durant sa jeunesse pour qu'elle se concentre sur son art. Elle doit désormais s'occuper de huit enfants, d'un mari lunatique qui ne gagne pas suffisamment d'argent pour subvenir aux besoins de sa famille. Aussi donne-t-elle des concerts. Elle ne peut pas composer, doit se contenter d'être mère et musicienne à temps partiel. Robert Schumann ne l'encourage pas : « Clara sait bien qu’être mère est là sa principale mission ».

 

Même après la mort de son mari, Clara Schumann ne poursuit pas la composition. Sa correspondance témoigne de la difficulté à concilier sa condition de femme et sa vocation de compositrice :

 

« Il fut un temps où je croyais posséder un talent créateur mais je suis revenue de cette idée. Une femme ne doit pas prétendre composer. Aucune encore n'a été capable de le faire, pourquoi serais-je une exception ? Il serait arrogant de croire cela, c’est une impression que seul mon père m’a autrefois donnée

 

Bien qu'elle ait renié ses capacités de son vivant, elle est aujourd'hui considérée comme l'une des rares compositrices à avoir marqué le XIXe siècle, avec Fanny Mendelssohn, Louise Farrenc et Cécile Chaminade.

Les soirées musicales op. 6

 

Toccatina en la mineur

  Notturno en fa majeur

 Mazurka en sol mineur

 Ballade en ré mineur

 Mazurka en sol majeur

 Polonaise en la mineur

 

Composée en 1835 ou 1836, à l’âge de 16 ou 17 ans, les Soirées musicales de Clara Wieck-Schumann, op. 6, ont été publiées en 1836 par Hofmeister à Leipzig.

 

Malgré sa jeunesse, Clara Wieck possédait une solide maîtrise de la composition, et ses pièces montrent clairement qu’elle avait bien saisi les tendances formelles et harmoniques de Chopin et de Mendelssohn. Sa maturité précoce est en partie le résultat des tournées prolongées qu’elle a entreprises avec son père.

 

Les Soirées musicales sont typiques de ses précédentes publications, qui sont toutes des œuvres pour piano et des œuvres à mouvement unique avec des titres et des formes typiques de l’époque : "Polonaise," "Caprice," "Valse," et "Mazurka," ainsi que des ensembles de "Variations sur un thème" et pièces de caractère avec des titres descriptifs. Les soirées musicales sont composées de "Toccatina," "Ballade," "Notturno," "Polonaise" et "Mazurka". L’ensemble est dédié à Henrietta Voigt.

 

L’ouverture "Toccatina" est un test de dextérité digitale. La partie centrale de la pièce est encadrée par une section sautillante et frénétique dans un tempo "Presto".

 

La pièce la plus inspirée des Soirées musicales est peut-être le "Notturno", en fa majeur. La profondeur de sensation suggérée par la longue ligne mélodique est remarquable pour un compositeur de 16 ans. Dans un tempo lent de 6/8, le "Notturno" est en forme ABA.

 

La quatrième pièce, "Ballade," est harmoniquement riche avec une texture dense. La cinquième, "Mazurka", est une étude en contrastes : le fortissimo succède brutalement au pianissimo et les mélodies rythmées cèdent la place à des floraisons chromatiques rapides.

 

Dans sa Neue Zeitschrift für Musik du 12 septembre 1837, Robert Schumann décrivait les Soirées musicales de Clara comme « une richesse de ressources non conventionnelles, une capacité à embrouiller les fils secrets, plus profondément tordus, puis à les démêler ». Robert empruntera plus tard les deux premières mesures de la Mazurka pour l’ouverture de la première de ses Davidsbündlertänze Op. 6, écrites en 1837. Le Notturno de Clara apparaît également dans les Novelletten op. 21

 

John Palmer  (Wikipedia)

Les soirées musicales par Sinae Lee....