RACHMANINOV : Etudes-tableaux op.39

Grand admirateur et ami personnel de Tchaïkovski, dont l’influence est indéniable, Rachmaninov s’affirme rapidement comme un des pianistes-compositeurs les plus brillants de sa génération. Dans les Préludes et les Etudes-tableaux, il atteint la maturité de son art. Il allie constamment virtuosité, harmonies riches, tonalités recherchées mais aussi fraîcheur, spontanéité. Toute son œuvre pour piano est écrite dans le première moitié de sa vie, avant la révolution. Une fois émigré, il se consacre principalement à sa carrière de virtuose. Les vingt-quatre Préludes ne manqueront pas d’être rapprochés de ceux qu’écrivit Chopin, soixante ans plus tôt.

 

De format réduit, très légèrement supérieur aux Etudes, les Etudes-tableaux qui démontrent un talent de miniaturiste se composent de deux cahiers : l’opus 33 (1911) et l’opus 39 (1916) d’un caractère plus noir, le compositeur venant de perdre son père. Ces deux cahiers révèlent l’âme tourmentée et amère du compositeur au sommet de son art, mais aussi son éclatant talent de pianiste puisqu’il en assurera lui-même la création. Le terme « Etude » est à prendre autant dans son sens pianistique (problèmes techniques considérables) que dans son acception picturale. Respighi en orchestrera cinq.

 

Le recueil op. 39, fut composé de 1916 à 1917. Contrairement aux idées reçues, Rachmaninov s'intéressait à la musique de son époque ; influencé par Scriabine et Prokofiev, ce second opus marque une rupture dans le style de composition de Rachmaninov. En effet, celui-ci est profondément affecté par les morts de Scriabine, de son professeur Sergueï Taneïev et de son père l'année suivante. De plus, 1917 est une grande année de troubles en Russie, ce qui amènera d'ailleurs le compositeur à fuir son pays natal et à se réfugier aux États-Unis. Ainsi, ce second cahier d'Études-Tableaux est nettement plus sombre et plus tragique. L'univers magique et idyllique du premier est ainsi délaissé et fait place à un climat profondément dramatique. Ce second recueil d'Études-Tableaux fut créé le 21 février 1917 par le compositeur lui-même. La publication en fut faite le 9 octobre 1920 par les Editions de Musique Russe.

 

Op. 39 no 1 en Ut mineur « Allegro agitato » 

Scriabine était l'ami et le rival de Rachmaninov : la 7e étude-tableau fut inspirée par ses funérailles tandis que la 5e s'inspire du style du compositeur défunt.

Étude très redoutable par sa virtuosité technique. La main droite effectue en effet tout au long du morceau de très grands arpèges sur une vaste étendue. La tonalité de Do mineur reste très ambiguë et ne se dévoile que pleinement lors des dernières mesures après un climax ff. Elle fut inspirée par le tableau La Tempête d'Arnold Böcklin.

 

Op. 39 no 2 en La mineur « Lento assai »

Intitulée La Mer et les Mouettes par son orchestrateur (idée suggérée par Mme Rachmaninov), le motif du Dies iræ joué par la main gauche sillonne toute l'œuvre, ce qui rend le thème de la mort omniprésent. De par l'ambiance et la tonalité, cette étude-tableau fait penser à l'Île des Morts du même compositeur.

 

Op. 39 no 3 en Fa dièse mineur « Allegro molto »

Une des plus belles, avec son ouverture mystique, ses chutes d'eau, ses éclats de glace et son coup de frein dans les dernières mesures.

 

Op. 39 no 4 en Si mineur « Allegro assai »

Une étude souriante, entraînante. Dans sa biographie par Bruno Monsaingeon, le pianiste russe Sviatoslav Richter raconte qu'une vieille dame, après avoir écouté ce morceau, dit : « J'imagine les aristocrates quittant la France avant la grande révolution, et leur état d'esprit ».

 

Op. 39 no 5 en Mi bémol mineur « Appassionato »

Une étude de concert à la Scriabine. On notera sa ressemblance avec l'étude op 8 No 12 de Scriabine, écrite dans la tonalité homophone de Mi bémol mineur, et avec le prélude op. 28 No. 24 en Ré mineur.

 

Op. 39 no 6 en La mineur « Allegro » (parfois éditée et nommée op.33 n°4)

Inspirée par le conte du petit chaperon rouge, cette œuvre narre la course-poursuite entre le loup et le petit chaperon rouge.

 

Op. 39 no 7 en Ut mineur « Lento Lugubre »

Cette étude-tableau aurait été inspirée par les funérailles de Scriabine, auxquelles Rachmaninov assista.

Lors de son orchestration par Ottorino Respighi, Rachmaninov lui livra quelques détails : il s'agit d'un cortège funèbre (mes. 1-23), accompagné de chants (mes. 24-32) ; il se met à pleuvoir (mes. 39-69), puis on entend une église (mes. 70-102). L'idée de la mort domine donc cette œuvre.

Le pianiste Alexander Melnikov dit de cette étude-tableau qu'elle n'a « aucun équivalent dans toute l'histoire de la musique, antérieure ou postérieure ».

 

Op. 39 no 8 en Ré mineur « Allegro moderato »

Ce morceau est une étude lyrique. Elle demande un jeu de pédale précis, un doigté flexible et indépendant et une certaine agilité ; elle offre une très longue ligne mélodique définie en legato qui contraste avec la section staccato du milieu.

 

Op. 39 no 9 en Ré majeur « Allegro moderato. Tempo di marcia »

Une marche triomphante, seul morceau en mode majeur du second cahier.

 

(Source : Wikipédia)

Les études-tableaux op 39 en entier...

L'Allegro-agitato du début par Yuja Wang..