SCHUBERT Quintette 2 violoncelles

Allegro ma non troppo - Adagio

Scherzo et trio : Andante sostenuto

Finale : Allegretto

 

Schubert n’a plus que deux mois à vivre, et, depuis trois ans déjà, il sait, par son médecin, que sa mort est pour bientôt. Alors, comme le temps presse, il est pris d’une fièvre de composition qui s’est accélérée depuis que le flambeau s’est échappé 1e 26 mars 1827 de la main de Beethoven.

 

Alors, en moins de deux ans, il écrit plus de cinquante ouvrages, dont une explosion de chefs-d’œuvre: le Voyage d’hiver, la Grande symphonie en ut majeur, les Heine-Lieder, les deux Trios avec piano, 1e Quintette à cordes, la Messe en mi bémol, une douzaine d’Impromptus, le Pâtre sur le rocher, la Fantaisie en fa mineur, sans compter les trois dernières Sonates pour piano et une foule de Lieder. De toutes ces merveilles, n’est-ce pas ce Quintette à cordes qui nous bouleverse le plus, s’imposant comme l'une des plus grandes et émouvantes compositions de toute la musique de chambre?

 

C'est peu après l‘achèvement de la Symphonie en ut majeur (dont il conservera ici la tonalité) qu'il entreprend ce quintette, pour lequel il remplace le deuxième alto (plus classique] par un second violoncelle. Cet enrichissement du registre grave va non seulement accentuer considérablement le caractère pseudo-symphonique de l’ouvrage, mais surtout assombrir encore son climat. De sorte que les principaux qualificatifs qui, au début, s'imposent à nous à l'écoute sont ceux de «pathétique», «poignant», «bouleversant», «angoissant», etc. Cependant, à plusieurs reprises, le caractère pré funèbre de l'œuvre se trouve tempéré par quelque lumineux sourire, apparaissant de-ci de-là, comme une sorte de porte ouverte malgré tout, par un Schubert conscient de sa ruine physique et de sa fin proche, vers un destin presque aimable dans son auréole de gloire. De sorte que suivant les interprètes et leur conception de l‘ouvrage, le caractère tragique prémonitoire peut se trouver plus ou moins atténué par l’accentuation de l’élément souriant.

 

Composé pendant les mois d'août et septembre 1828 (Schubert mourra le 19 novembre), l’ouvrage comporte quatre mouvements, dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils sont tous les quatre singulièrement agités.

 

Le premier mouvement, Allegro ma non troppo, débute par une longue tenue de l'accord d‘ut, évoluant ensuite, dès la troisième mesure vers celui de septième diminuée, ce qui tend à conférer un certain sens interrogatif à ce premier motif aux graves instants. Progressivement, les violons prennent le relais et leurs aigus, d’abord délicats, se renforcent peu à peu en un long chant à la véhémence difficilement contenue. Puis c'est un second thème, en mi bémol, qui s’épanouit en un chaud lyrisme. ne pouvant masquer cependant une inquiétude sous-jacente proche du désenchantement. Enfin, un assez long développement, toujours fort agité, se termine par une bouleversante Coda.

 

Avec le deuxième mouvement, Adagio, nous touchons au sublime tant est miraculeuse I‘inspiration. Il débute par une merveilleuse phrase en mi majeur, calme et élégiaque, au rythme insolite à 12/8, chantée pour commencer par le groupement alto, 2° violon et 1er violoncelle. Le chant se maintient imperturbablement legato, jamais coupé par la moindre respiration. Mais surtout, le rythme en est soutenu tout au long par la sourde ponctuation de graves pizzicati, fort expressifs, devenant de plus en plus insistants, voire menaçants, jusqu'à évoquer parfois quelque glas sonnant dans le lointain. Dès lors, le climat change progressivement et la merveilleuse mélodie tend de plus en plus à nous plonger dans une angoissante méditation. Soudain, une abrupte modulation en fa mineur introduit un  intermède dramatique, dont le chant principal, empreint de la plus tragique véhémence, est le sommet de la révolte contre l'inéluctable. Une très curieuse phrase transitionnelle, formée de neuf accords hésitants et inquiets, très lentement égrenés, coupés de longs silences interrogatifs, conduit heureusement vers un nouvel épisode chantant, véritable lied, qui est le premier rayon d’espoir depuis le début de la pièce. Enfin, presque sans transition, c’est la reprise de la première partie du mouvement, avec son chant legato, son rythme a 12/8 et ses pizzicati.

 

Le troisième mouvement, Scherzo presto, retourne à l'ut majeur originel dans un rapide tempo à 3/4. Début énergique, fortement scandé, voire martelé, dont les harmonies grinçantes mêlées de sonores appels de chasse,  ont le mérite de renouveler l’atmosphère et de nous faire oublier si possible le drame en cours. Ceci précédant un développement tempétueux toujours très agité, aux épisodes contrastés. Puis survient le Trio Andante sostenuto en ré bémol majeur, qui nous plonge dans une nouvelle méditation hors du temps. Enfin, reprise du Scherzo initial.

 

Le finale, Allegretto, débute par une sorte de Ländler enjoué, à l'accompagnement syncopé, fort joliment mené. Puis c’est la merveilleuse éclaircie du second thème, véritable sourire calme et insouciant, que certains ont comparé à un « envol de papillons ». Rêve de bonheur. ou souvenir lointain de quelque bref instant heureux ? Nul ne peut le dire. Malheureusement, le sourire s'efface bien vite, et soudain, c’est la «strette finale» : véritable et rapide course à l‘abîme, terminée par les deux rudes accords de l'ultime chute.

 

(Source : Société de Musique de chambre de Marseille)

L'adagio du quintette à 2 violoncelles avec Emmanuelle Bertrand...