Frédéric CHOPIN (1810-1849) : Première Ballade en sol mineur op. 23

 

Critique musical clairvoyant s’il en fut, on se souvient avec quel enthousiasme Robert Schumann accueillit la publication des variations de Chopin sur « la ci darem la mano » : « Chapeau bas, Messieurs, un génie… ». Et son admiration ne fera que se confirmer et croître, notamment lorsqu’il entendit la première Ballade sous les doigts de Chopin lui-même en 1836, la qualifiant aussitôt de « géniale ».

 

Esquissée dès 1831 mais véritablement composée en 1835, elle inaugure un genre musical instrumental nouveau mais qui ne connaîtra guère de descendance, hors Chopin lui-même avec les trois Ballades qui suivront jusqu’en 1842 et Brahms ou Fauré pour des œuvres de moindre envergure. Essentiellement littéraire, la Ballade avait connu son versant musical, mais uniquement dans le domaine de la musique vocale.

 

Se déroulant comme un immense poème lyrique, voire épique par moments, donnant le sentiment d’être improvisée, cette première Ballade en sol mineur est toutefois solidement construite autour de deux thèmes, évoquant en cela la forme sonate classique mais sans en reproduire les symétries.

 

Après une introduction de quelques mesures s’achevant sur une neuvième mineure appelant intensément une résolution qui sera légèrement différée, le premier thème s’élève, semblant chercher son chemin, tant ses « suspens » réitérés paraissent hésiter sur ce qui doit advenir. Mais il parvient enfin, progressivement, à un agitato virtuose qui nous conduit rapidement au second thème, en mi bémol majeur, chanté sotto voce, dans un tempo retenu, d’une texture étonnamment transparente et d’une très intense expression poétique. C’est ce second thème qui très bientôt marquera le « climax » expressif de l’œuvre, chantant éperdument, avec toute la puissance de ses accords dans un la majeur d’une éclatante lumière. Cette expansion lyrique irrésistible s’interrompt brutalement sur une harmonie inattendue, dans l’unique fff de la partition, semblant présager quelque drame. Mais après une plongée dans le grave du clavier revient un vif et léger mi bémol majeur (le ton initial du second thème), aux allures de valse légère. Il sera suivi d’un dernier énoncé du second thème, dans une intensité chaleureuse nourrie par des harmonies complètement exprimées. Enfin, un dernier et bref retour au thème initial que couronne un Appassionato il piu forte possibile nous projette dans une Coda, presto con fuoco, libérant toute l’énergie retenue pour clore cette Ballade dans un climat intensément dramatique.

 

François-Xavier Bilger

 

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