Frédéric CHOPIN (1810-1849) : 3e Sonate en si mineur op. 58

 

Allegro maestoso –

Scherzo molto vivace –

Largo –

Final presto non tanto

 

Après une première sonate composée à 18 ans, Chopin ne reviendra à cette forme que dans sa maturité, en 1839 pour la seconde et 1844 pour sa troisième et dernière sonate, l’Op.58.

 

On a quelquefois reproché à Chopin un manque de rigueur dans la forme. Bien à tort, tant ces deux sonates de la maturité sont solidement charpentées et montrent une parfaite connaissance des usages de la part du compositeur. Mais, la stupéfiante richesse de son monde harmonique et plus encore l’extraordinaire et si inventive vocalité de ses mélodies nous donnent souvent le sentiment d’une musique improvisée, jaillie de l’instant. C’est une voix intérieure, aussi impérative que secrète qui nous conduit, sans qu’il soit jamais besoin d’être conscient d’une forme préalablement connue et qui nous donnerait de rassurants repères.

 

Le premier mouvement, Allegro maestoso, s’ouvre sur un arpège descendant, initiant une phrase de quatre mesures constituant l’essentiel du premier thème, plein d’assurance et d’allant et qui, après quelques péripéties nous conduit à une première période transitoire, assez étrange, où, sur des gammes chromatiques ascendantes de la main gauche, Chopin déroule à la main droite un canon à l’octave. Tout ceci nous amène bientôt à une longue pédale de dominante de Ré majeur qui prépare l’apparition du second thème, sostenuto, d’un magnifique cantabile dont Chopin semble partager le secret avec les plus grands auteurs du Bel Canto Italien. Trois autres idées mélodiques complétives suivront ce second thème, avant qu’un épilogue paisible vienne clore cette exposition. Suivra un développement assez long dans lequel Chopin exalte principalement les possibilités offertes par le premier thème, puis secondairement sur un élément du second thème et des figures de transitions qui les reliaient. Et nous arrivons à la réexposition que Chopin entame directement par le second thème, sostenuto, éludant le premier, nous reposant, après tant de modulations, dans le ton principal de sI, lumineusement majeur cette fois. Après une récapitulation complète et une brève coda, il conclut le mouvement dans l’éclat d’une cadence d’une belle autorité.

 

Puis, un Scherzo, Molto Vivace, volubile à souhait, déroule d’abord ses vifs traits de main droite ponctués de brèves figures cadentielles de la main gauche. Une partie centrale plus méditative et, par contraste, usant principalement du grave et du bas medium nous invite à une respiration pensive avant que ne reprenne le tourbillon initial, dans une parfaite symétrie.

 

Une introduction de quatre mesures, empreinte de solennité, voire de gravité, débute le troisième mouvement, Largo. Et c’est encore une incomparable mélodie, sorte de nocturne balançant entre l’élégiaque et le serein que nous offre Chopin. Elle est accompagnée d’une manière d’ostinato de la main gauche, posant des basses profondes et complétant l’harmonie dans le médium, dans un rythme constant. Ce chant nous conduit, après une brève transition, à une partie centrale, sostenuto, plus faite de climats harmoniques que de ligne chantante et semblant poser de loin en loin une question qui restera sans réponse, pour enfin revenir à la mélodie initiale et conclure en se souvenant du mouvement régulier de croches de la partie centrale.

 

Enfin le Finale, Presto, non tanto, dans la forme classique du rondo, après une introduction balayant le clavier de ses octaves et accords énergiques nous emporte dans une sorte de chevauchée portée par un thème d’abord énoncé dans le bas médium et dont l’énergie s’accroît à chaque élargissement de l’espace sonore. Ce thème principal alterne avec des traits rapides zébrant une large étendue du clavier. Commençant dans le mode mineur, le mouvement s’achèvera dans un mode majeur on ne peut plus tonique et dans un allant que rien ne semble pouvoir arrêter.

 

François Xavier Bilger

 

Voir la 3e sonate de Chopin par Ivo Pogorelich :