César FRANCK (1822-1890) : Sonate violon piano en la majeur

 

Allegretto ben moderato -

Allegro -

Recitativo-fantasia -

Allegretto poco mosso

 

Avec le quintette en fa mineur et le quatuor en ré majeur, la sonate pour violon et piano de Franck est l’un des trois chefs-d’œuvre incontestés de sa production dans le domaine de la musique de chambre. Écrite en 1886, l’année même où il entreprenait la composition de sa non moins célèbre symphonie en ré mineur, elle fut très favorablement accueillie dès sa création à Bruxelles et un an plus tard à Paris. Dédiée à Eugène Ysaÿe, ce dernier en assura la création comme la première exécution parisienne avant de la populariser à travers le monde entier. Elle comporte quatre mouvements qui illustrent bien ce qu’on appellera la « forme cyclique », laquelle consiste en une recherche de l’unité générale d’une œuvre de grande envergure par le retour d’un, voire plusieurs motifs aisément repérables et qui font lien, y compris d’un mouvement à un autre. Ce qui n’empêchera pas Franck de reste fidèle à la forme sonate bithématique héritée de ses illustres prédécesseurs.

 

Le premier mouvement, Allegretto ben moderato, se présente comme un mouvement de sonate à deux thèmes. Le premier, d’un caractère berceur, est exposé au violon sur un halo harmonique et statique du piano. Il enchaîne très directement sur le second thème, plus actif, confié au seul piano avant que les deux partenaires ne se rejoignent sur le premier motif pour un assez bref développement qui très vite nous conduit à la réexposition, laquelle va reprendre les éléments originaux avec des variations contextuelles qui en renouvellent l’intérêt. Dès ce premier mouvement on remarque un équilibre particulièrement soigné entre les deux partenaires qui n’est sûrement pas étranger au succès de cette sonate auprès de ses interprètes.

 

Le second, Allegro, est attaqué au piano. Trois mesures de doubles croches rageuses posent le climat dans lequel va apparaître le thème initial, passionato, qui dans un premier temps semble peiner à se dégager du flot des notes qui l’enveloppent. Il se dessine avec beaucoup plus d’évidence lorsque le violon rejoint son partenaire pour l’énoncer dans l’âpreté de sa corde grave, la corde de sol. Une reprise du même thème au violon, une octave plus haut, avec un piano élargissant sa texture nous conduit enfin au second thème, extrêmement chantant, après une brève transition. Le quasi lento qui suit, dans le caractère d’un récitatif, introduit plusieurs périodes de développement avant qu’une réexposition classique prolongée d’un brillante Coda ne vienne conclure le plus vif des quatre mouvements de la sonate.

 

Le troisième mouvement, Recitativo-Fantasia, d’un déroulement très libre, suspendant le temps, fera entendre deux quasi citations du thème initial du premier mouvement après deux appels sur sa tierce initiale, illustrant parfaitement ce que nous appelions plus haut la « forme cyclique ». Reprenant plus loin un flux continu, il fera alterner un motif calme et tendre avec un largamente dramatico où le violon dessine une ligne ardente faite de larges intervalles. C’est ce dernier motif, plus appuyé encore dans son caractère, Molto largamente e dramatico qui viendra couronner le mouvement avant qu’il ne s’éteigne, pianissimo, dans la tristesse Molto lento e mesto.

 

Enfin le Final, Allegretto poco mosso, déroule un calme canon à l’octave entre le piano et le violon, dolce cantabile, avant de redonner à entendre à la main droite du piano le motif calme et tendre du mouvement précédent. Ces deux motifs vont s’échanger longuement entre les deux partenaires avant l’apparition d’un nouveau rappel du motif « largamente dramatico », issu du troisième mouvement, et cette dernière fois indiqué, Grandioso. Une coda, Poco animato, très affirmée, viendra mettre un point final à ce mouvement qui illustre de la plus éloquente façon la recherche d’une unité structurelle forte qui animait César Franck au travers de cette technique de composition « cyclique ».

 

François-Xavier Bilger

 

Le final de la sonate de Franck par Khatia Buniatishvili et Renaud Capuçon...