Michael LEVINAS (1949) : Les Invariants

 

(La Pièce a été créée le 7 juin 2021 par les percussions de Strasbourg)

 

Les invariants est une pièce pour trois claviers à percussions en 5 « parties »:

 

1ère partie : Choral en larmes (1 marimba, 2 vibraphones

2ème partie : Anaphores (2 marimbas, 1 vibraphone)

3ème partie : Le manège de la note (2 marimbas, 1 vibraphone)

4ème partie : Invariant (2 marimbas, 1 vibraphone)

5ème partie : Choral en larmes 2 (2 marimbas, 1 vibraphone)

 

Cette œuvre mélange subtilement l’harmonie romantique avec une écriture contemporaine. Elle fonctionne sous forme d’écho entre les instruments. Les différents timbres, les différents modes de jeu (archets, chaînes…), l’osmose des différentes résonances apportent une richesse incroyable et nous laisse embarquer dans un moment musical unique : lointain, rêveur, certes ; mais aussi fougueux, surprenant … Le terme d’invariant, « ce qui est constant, fixe et stable » est un concept utilisé notamment en mathématique, physique et en linguistique. L’avènement du tempérament égal à la fin de l’époque baroque a introduit ce concept d’invariant dans l’écriture musicale des compositeurs notamment à partir de J.S.Bach. La stabilité du tempérament, qui a permis le développement et l’organisation formelle du système tonal, ont constitué les bases d’un langage fondé sur des échelles de hauteurs stables, invariables permettant des formes modulantes, complexes dont les découvertes ont fait une part de l’histoire de la musique européenne du XIXe siècle.

 

Mais ce XIXe siècle a été aussi le début d’une autre modernité musicale, celle des nouvelles lutheries, des recherches acoustiques ouvrant la voie au XXe siècle à la découverte de sons inouïs, de l’électronique, et de la percussion, celle de Varèse, Messiaen, Xenakis et tant d’autres chefs d’œuvres dont l’un des fondements étaient les infinies variations identitaires des timbres et l’ouverture sur les cultures extra européennes.

 

Le concept d’invariant n’est pas anachronique. L’organisation des échelles stabilisées ouvre des possibles formels, temporels et harmoniques polyphoniques, basés sur d’autres principes modulants, (ce que j’appelle les innombrables clairières de ces modulations) et hiérarchiques que les modalités initiales du système tonal. La structure même de l’écriture basée sur les invariants ce n’est pas un simple retour à l’esprit de la fin du baroque. C’est une recherche créatrice d’un au-delà du timbre et une forme d’abstraction du musical qui ouvre aussi la voie à la transcription de l’œuvre affranchie de sa trop forte identité sonore. Écrire une pièce de percussion pour trois claviers tempérés, c’est un acte d’écriture et une exploration radicalement contemporaine de ce concept d’invariant.

 

Michaël Levinas