Franz SCHUBERT (1797-1828) : Sonate D. 959 en la majeur

 

Allegro –

Andantino –

Scherzo : Allegro vivace trio –

Rondo : Allegretto Presto

 

S’il est toujours très difficile d’écrire sur la musique, cette difficulté se trouve décuplée lorsque notre tentative porte sur la musique de Schubert tant elle nous apparaît nimbée d’une grâce native dont aucune parole ne saurait rendre compte. Comme l’écrit si joliment Rémy Stricker, « le thème schubertien est comme tombé du ciel, objet immarcescible ». De là, sans doute, cet art si singulier de construire la durée, de développer le motif sans en altérer jamais l’identité qui conduit Rémy Stricker à nous proposer le concept de « variant » pour tenter d’en rendre compte. Variations de texture, de tessiture, de mode, de timbre, de couleur qui ne sont que quelques exemples des mille manières de « pérenniser l’instant » que nous offre Schubert, pour notre plus grand bonheur.

 

Cette sonate en la majeur, D 959 nous propose un plan classique en quatre mouvements :

 

Le premier, Allegro, s’ouvre sur un premier thème, volontaire, lequel, après une transition modulante sera suivi du second, à la dominante, doux et rêveur, présenté dans plusieurs registres et semblant vouloir amorcer un développement rappelant le premier thème dans une progression ardente, avant revenir à lui-même pour clore l’exposition dans la douceur et la tendresse. C’est là qu’à partir d’une simple petite variation sur les troisième et quatrième mesures de ce second thème, Schubert semble vouloir faire surgir un nouveau motif qui nourrira tout le développement, richement modulant, offrant de multiples nuances de climats et de couleurs tonales avant qu’une récapitulation ne vienne clore ce premier mouvement dans une clarté estompée et après avoir semblé hésiter sur son issue.

 

Le second mouvement, Andantino, en fa# mineur, nous propose d’abord l’une des mélodies les plus inspirées et les plus poignantes de l’univers schubertien. Ses inflexions, toujours descendantes, exhalent une tristesse infinie que même un passager mode majeur ne semble pouvoir adoucir. Puis un conduit monodique nous amène à une partie centrale très inquiétante, d’abord labyrinthique avant de laisser exploser sa violence, puis s’apaiser enfin pour nous reconduire vers la mélodie initiale avec un singulier passage, tenant du récitatif, d’abord révolté puis semblant rendre les armes. Ce retour est rendu plus poignant encore par de petites notes aiguës alors que le chant proprement dit se déroule au cœur de l’espace sonore. Et le mouvement s’éteint dans le grave du clavier, dans la nudité à peine prononcée d’une triple octave.

 

Le troisième mouvement, Scherzo, Allegro vivace, alerte et sautillant, semble vouloir nous arracher à la gravité du mouvement précédent, sans y parvenir tout à fait tant l’apparence de la légèreté chez Schubert, laisse toujours entrevoir quelque nuage propre à venir la troubler. Conçu sur le plan ternaire classique faisant alterner Scherzo, Trio puis retour du Scherzo, il exploite avec bonheur un large ambitus du clavier.

 

Enfin le Finale, Rondo : Allegretto Presto, semble annoncer en son premier thème un récit d’un souffle large. Et il le sera. Présenté comme un Rondo par son titre, on peut aussi lire ce mouvement comme un Rondo-Sonate, tant le premier couplet, par sa position tonale comme par son devenir se révèle être un véritable second thème, réapparaissant comme tel dans ce qu’on pourra aussi considérer plus tard comme une réexposition. Après le premier retour du « refrain », Schubert nous délecte d’un magnifique développement d’une allure quasi beethovénienne. Ce développement débouche sur un surprenant retour du refrain, en fa# majeur, instant de grâce, glissant rapidement vers le retour au ton principal, lequel marque ce qui sera le début de la réexposition. Une Coda, Presto, nous conduit enfin à de larges accords qui font comme un écho aux premières mesures de la Sonate, apportant une manière de conclusion symétrique à une œuvre qui est assurément l’un des plus grands chef-d’œuvre de l’histoire du genre.

 

François-Xavier Bilger

 

L'Andantino de la sonate D959 par Geoffroy Couteau