Festival 2021 : c'est fini !

Concert d'ouverture

Le Trio à cordes pincées le 27 juillet - Photo J-L Izard
Le Trio à cordes pincées le 27 juillet - Photo J-L Izard

Le trio à cordes pincées de l'Ensemble Cbarré, présenté par son directeur artistique Sébastien Bouin, a ouvert avec panache le Festival 2021 du Musiques en Écrins à l'Église Saint Apollinaire de l'Argentière la Bessée ce mardi 27 juillet à 16h00. Le programme présenté, intitulé "Furia" qui portait sur la musique espagnole ou la musique influencée par l'Espagne, a reçu un accueil enthousiaste de la part du public venu nombreux. Les trois interprètes y ont été pour beaucoup: Eva Debonne à la harpe, Grégory Morello à la guitare et Vincent Beer-Demander à la mandoline ont été excellents dans tous les répertoires, du baroque (Ortiz, de Murcia, Scarlatti) à la musique du XXe siècle (De Falla, Ravel), avec une incursion dans la musique d'aujourd'hui (François Rossé, présent au concert pour son Humiliadero pour harpe seule où Eva Debonne a exploité toutes les ressources de son instrument, et Vincent Beer-Demander lui-même pour sa pièce pour trio "Lyra" qui tente de donner l'impression que les trois instruments n'en forment qu'un et qui y réussit fort bien). Ces deux œuvres constituaient une création mondiale!

 

En deuxième partie de cet après-midi d'ouverture, le public a été conquis par l'éloquence et le savoir encyclopédique d'Isabelle Rive, replaçant la construction de l'église Saint Apollinaire dans son contexte historique et religieux, en passant par l'architecture et en terminant par ce qu'il faut comprendre sur les fresques de la façade Sud représentant les vertus et les vices. Superbe séance inaugurale du Festival 2021 ! 

Les variants de Schubert...

Bernard Mazas - Photo Colette Izard
Bernard Mazas - Photo Colette Izard

L'église Sainte-Marthe accueillait mercredi 28 juillet une conférence de Bernard Mazas intitulée "Le temps schubertien". Il s'agissait de comprendre pourquoi la musique de Schubert nous bouleverse et nous fascine tant aujourd'hui, alors qu'elle est restée longtemps dans les oubliettes de l'histoire (à part peut-être la symphonie inachevée). Les développements schubertiens diffèrent de ceux qu'ont pu écrire Mozart ou Beethoven dans les variations à partir de thèmes ou de mélodies. Les variations chez Schubert sont plus des "répétitions avec introduction d'erreurs" que de plus ou moins radicales transformations des thèmes (comme chez Beethoven par exemple dans les variations Diabelli). Le conférencier a évoqué Rémi Stricker qui parlait de "variants" dans son ouvrage "Franz Schubert, le naïf et la mort". Cette façon de faire a eu peu d'adeptes dans la suite, ce qui fait de Schubert un compositeur à part dans l'histoire de la musique.

Ces dames d'Akilone

La quatuor Akilone à Sainte-Marthe le 29 juillet - Photo J-L Izard
La quatuor Akilone à Sainte-Marthe le 29 juillet - Photo J-L Izard

Ce sont finalement les filles qui composent habituellement le Quatuor Akilone qui se sont présentées à l'église Sainte-Marthe à Puy-Saint-Vincent pour le 2e concert du Festival 2021, la violoncelliste Michèle Pierre n'ayant pu se déplacer. Le quatuor a joué comme prévu la pièce que la compositrice Xu Yi lui a dédié, "Aquilone Lontano" (créée en 2018), le terme "aquilone" (d'origine italienne) désignant ici le cerf-volant, invention chinoise. C'est une musique où se succèdent glissandos sur les cordes frottées et staccatos avec les archets en passant par des notes tenues dans l'extrême aigu à la limite de l'audible.

Le quatuor en sol majeur de Schubert a remplacé le quintette initialement prévu. C'est sans doute le plus beau quatuor du compositeur et c'est son dernier. Il  comporte des passage d'une grande intensité sonore quasi-symphoniques. Le quatuor Akilone l'a interprété avec un engagement sans faille et a amplement mérité les applaudissements du public. En bis, les musiciennes ont proposé une version abrégée du scherzo du quatuor qu'on venait d'entendre.

La magie Sirba !

Le Sirba Octet à l'Argentière le 1er août - Photo J.L. Izard
Le Sirba Octet à l'Argentière le 1er août - Photo J.L. Izard

La magie du Sirba Octet a encore joué au Foyer Culturel de l’Argentière en ce dimanche 1er août pour le programme Sirbalalaïka. Quel spectacle ! la musique en superlatif : virtuosité, mais aussi émotion ont été au rendez-vous. Et quelle découverte que le balalaïkiste Alexei Birioukov qui a subjugué les auditeurs par sa vista et son sourire communicatif dans ces pièces jouées en soliste ! Mais tous les musiciens conduits par Richard Schmoucler et son violon étaient dans le même esprit de gaieté et de joie de jouer qui a déclenché de nombreux rappels du public. Un après-midi inoubliable !

Le prodigieux duo

Emmanuelle Bertrand et Pascal Amoyel, le 3 août - Photo J.L. Izard
Emmanuelle Bertrand et Pascal Amoyel, le 3 août - Photo J.L. Izard

Emmanuelle Bertrand et Pascal Amoyel forment un prodigieux duo.  Leur complicité a fait merveille à l’Église de Vallouise avec trois sonates pour piano et violoncelle appartenant au répertoire romantique : Grieg, Brahms et Chopin. Ils étaient attendus par un nombreux public qui leur a fait une longue ovation méritée.  Quel plaisir à voir ce couple (qui fêtait ses 20 ans) jouer ces œuvres d’une grande profondeur, Pascal solide à son clavier et Emmanuelle rayonnante avec son archet ! Et, les yeux fermés, quel plaisir d’entendre le résultat d’une ineffable clarté que parviennent à obtenir les deux artistes !

Deux bis ont été accordés malgré la longueur du programme : la version avec violoncelle de la célèbre Vocalise de Rachmaninov et la deuxième (« Langsam ») des Cinq pièces dans le ton populaire de Schumann, portant l’émotion à son comble. Un grand souvenir restera à jamais attaché à ce concert !

Jeunes virtuoses

Mathis Cathignol le 4 août à Vallouise - Photo J.L. Izard
Mathis Cathignol le 4 août à Vallouise - Photo J.L. Izard

L’invitation de jeunes solistes (20 et 21 ans) est une nouveauté pour le festival Musiques en Ecrins à laquelle le public a répondu présent. Et il s’en est retiré fort satisfait après avoir été quelque peu surpris par l’extrême qualité des deux virtuoses : Mathis Cathignol dans les Etudes-tableaux op 39 de Rachmaninov et ses redoutables difficultés et Kim Bernard dans le lumineux « Tombeau de Couperin » de Ravel auquel il a ajouté l’Isle joyeuse de Debussy. Tous deux ont triomphé des difficultés de ces partitions tout en gardant le contrôle sur la "fabrique à émotions". Chacun a donné un bis inspiré par le jazz : pour Mathis, un standard d’Oscar Peterson et pour Kim, une impro personnelle sur le thème du Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy. Décidemment, ces jeunes pianistes savent tout faire, confirmant que la valeur n’attend point le nombre des années ! Un grand bravo !

Kim Bernard le 4 août à Vallouise - Photo J.L. Izard
Kim Bernard le 4 août à Vallouise - Photo J.L. Izard

Maître Amoyel

"Looking for Beethoven", Pascal Amoyel, le 5 août à Vallouise - Photo J.L. Izard
"Looking for Beethoven", Pascal Amoyel, le 5 août à Vallouise - Photo J.L. Izard

Pascal Amoyel maître du piano, Pascal Amoyel scénariste, Pascal Amoyel acteur, nous avons eu droit à la performance d'au moins trois grands artistes en un seul ! Trois au minimum car on pourrait ajouter les rôles de pédagogue et d'humaniste ! C'est un spectacle où les difficultés sont aussi en dehors de la scène avec un jeu du lumières délicat et une sono où il faut à tout moment jongler avec le niveau de la voix de l'acteur et la puissance du piano. Cela fait que certains mots ont pu échapper au public venu nombreux. Malgré cela, la réussite de ce spectacle est totale et ce sont des instants magiques qui ont été vécus par les spectateurs. Sûrement le sommet de ce festival !

Clarinettes enchantées

None Quartet à Champcella, 9 août - Photo J.L. Izard
None Quartet à Champcella, 9 août - Photo J.L. Izard

La randonnée musicale de ce lundi 9 août avait pour point de départ la chapelle de Rame, commune de Champcella et pour point d’arrivée les pelouses du belvédère du gouffre de Gourfouran. L’ensemble invité était le quatuor de clarinettes « None quartet » composé de Magali Parmentier Grillard, Aymeric Grillard, Milène Delahaye et Annelise Clément. Trois moments musicaux sur le parcours : un « échauffement bucolique » au départ avec un répertoire romantique, la « bulle mozartienne » au milieu et le « concert au sommet » avec des musiques du monde, de l’Amérique du Sud au Japon en passant par l’Europe Centrale. Les nombreux randonneurs se sont retirés enchantés par ces musiciens et leurs instruments, parfaitement audibles à distance, dans un paysage merveilleux et sous des conditions climatiques idéales.

Cordes romantiques

Dmitry Silvian et Nicolas Krauze, le 10 août à Vallouise - Photo J.L. Izard
Dmitry Silvian et Nicolas Krauze, le 10 août à Vallouise - Photo J.L. Izard

Nicolas Krauze, le chef de l’Orchestre de Chambre de la Nouvelle Europe, a rendu hommage ce mardi 10 août au compositeur tchèque Antonin Dvorak, dont on fête le 180e anniversaire de la naissance. Le fameux concerto pour violoncelle a ouvert le concert avec en soliste Dmitry Silvian. L’œuvre est colossale, avec une orchestration riche que l’effectif de 10 musiciens a eu du mal à restituer, mais c’était de toute façon mission impossible. Dmitry Silvian a été héroîque, d’autant plus que le côté spectaculaire de ce concerto reposait sur lui. Il s’en est acquitté avec panache et élégance. En bis de cette première partie, nous sommes restés chez Dvorak avec « la chanson à la lune », air tiré du premier acte de « Rusalka ». Un très beau chant où le violoncelle, dont on dit que le timbre se rapproche le plus de la voix humaine, remplace la voix de soprano pour laquelle cet air a été écrit.

 

La deuxième partie était consacrée à la Sérénade pour cordes, écrite dès l’origine pour un orchestre à cordes. Cela a fait le ravissement du public qui a obtenu, en bis, l’exécution des Danses Roumaines de Béla Bartok : cet œuvre est le fruit de l’assimilation par Bartok de la matière première que constitue le répertoire des danses folkloriques des Balkans que le compositeur a passé plusieurs années à recueillir. Le concert s’est achevé dans l’humour avec la musique de la Panthère Rose composée par Henry Mancini.

L'enchantement Vermeulin

Marie Vermeulin à l'église Sainte-Marthe le 12 août - Photo J.L. Izard
Marie Vermeulin à l'église Sainte-Marthe le 12 août - Photo J.L. Izard

L’église Sainte-Marthe à Puy Saint Vincent avait fait le plein et accueillait ce jeudi 12 août la pianiste Marie Vermeulin pour un programme consacré à la « famille Schumann », Robert et son épouse Clara. Dès les premières notes des Scènes d’enfants, on est conquis par le jeu clair, précis et inspiré de Marie Vermeulin. A ce recueil célébrissime (comme la Rêverie) de Robert succèdent les Soirées Musicales de Clara : On est là dans l’inédit (à part pour les heureux détenteurs du CD de Marie paru cher Paraty) et c’est une formidable révélation, d’autant plus remarquable que ce recueil de 6 pièces a été composé à l’âge de 16 ans ! Marie Vermeulin met en valeur cette œuvre de manière spectaculaire. Il en va de même pour la romance en la mineur. Vient enfin l’une des dernières compositions de Robert, les Scènes de la forêt qui comporte cette pièce unique qu’est l’Oiseau-prophète où Schumann imite le chant d’oiseau. C’est un nouveau triomphe pour la pianiste qui joue alors en bis un autre opus de Clara : le Scherzo n°1 en ré mineur et c’est à nouveau l’émerveillement de découvrir un chef d’œuvre jusque-là ignoré ! Merci Marie pour cette somptueuse après-midi de piano !

Baroque en fête !

Le Consort aux Vigneaux, 16 août - Photo J.L. Izard
Le Consort aux Vigneaux, 16 août - Photo J.L. Izard

Le Festival 2021 s’est achevé en beauté avec une fête de la musique baroque offerte par l‘ensemble Le Consort, avec le clavecin de Justin Taylor, le violon de Sophie de Bardonnèche (un nom qui parle à la vallée) et la viole de gambe de Louise Pierrard, avec un soliste vocal, Paul-Antoine Bénos-Djian, contre-ténor. Dans l’écrin de l’église Saint-Laurent des Vigneaux, avec son acoustique parfaite et devant un public masqué et contrôlé accouru très nombreux, nos quatre musiciens ont reçu une ovation très méritée, avec un programme consacré à Henry Purcell et ses contemporains et notamment John Blow qui fût son maître. Le fameux air de « O Solitude » a fait son effet par la sûreté de la voix haut-placée de Paul-Antoine et la suavité de la basse continue assurée par Justin et Louise ne formant qu’un seul instrument ! En bis, nos quatre musiciens ont offert un air de Haendel « Despair no more shall fright me » extrait de l’opéra « Semele », tout en vocalises où notre contre-ténor a donné un aperçu de son immense talent. Une véritable fête, on vous dit !