Dimitri CHOSTAKOVITCH
Trio n°2 en mi mineur op.67
(Trio Talweg, mercredi 5 août, Puy-Saint-Vincent, Le Panoramic)
Andante
Moderato
Allegro non troppo
Allegretto
Chostakovitch ne se met à l'écriture de ce trio qu'en 1944 à l'occasion de la mort de son meilleur ami, Ivan Sollertinsky, à la mémoire de qui l'œuvre est dédiée.
Le violoncelle, muni d'une sourdine, ouvre seul l'Andante initial avec mélancolie, et le violon, dans son registre le plus grave, reprend en canon, sept mesures plus loin, la mélodie qui a un caractère russe assez prononcé. Cette tonalité grave, encore assourdie par le clavier, est reprise dans le Moderato enchaîné au mouvement précédent ; des reprises et de multiples contre-chants viennent renouveler et prolonger cette atmosphère.
Le scherzo, Allegro non troppo, est en réalité le mouvement central de l'œuvre, celui dont la carrure s'impose immédiatement à nous. La bonne humeur traditionnelle du scherzo n'est qu'apparente, avec un air de faux rondo beethovénien, dont l'enjouement est plus brillant que spontané. Au faite de la virtuosité, cet éclat est rapidement interrompu par un glas, exprimé aux cordes, et par les huit accords graves du piano, qui débutent une passacaille. Ces accords « résonnent impitoyablement comme un verdict de mort, comme l'annonce d'inéluctables catastrophes ». Le thème de la passacaille est exposé six fois, donnant à l'œuvre un caractère lent, majestueux et liturgique, évoquant un lointain rituel orthodoxe.
Le dernier mouvement, Allegretto, est un vaste rondo de forme sonate qui conserve le caractère funèbre du scherzo précédent. Mais le funèbre devient ici macabre, comme une danse expressionniste terrible, où passe parfois un drôle d'air de valse. Ce noir sabbat est interrompu par le retour au violon du thème de l'andante initial. La confusion se prolonge par une opposition entre les cordes revenant au thème de la danse de mort, tandis que le piano déroule de bizarres arabesques, l'ensemble étant emporté dans une tension constante, comme une coulée de laves en fusion. Ce n'est que dans la coda finale, Adagio, que l'ordre peut se rétablir et triompher de ce diabolique vacarme, en un grandiose choral d'airain.
(D'après la Société de musique de chambre de Marseille)