Franz LISZT

Deux légendes pour piano

 

(Guillaume BELLOM, Mardi 4  août/Puy-Saint-Vincent, Salle Panoramic/18h)

 

Les Deux légendes sont une œuvre à programme pour piano de Franz Liszt composée en 1862-1863, achevées lors de son séjour au couvent de l'Église Madonna del Rosario, à Rome. Dédiée à la fille du compositeur, Cosima, épouse de Hans von Bülow (et future épouse de Richard Wagner), la partition est publiée en 1866. Elle porte la référence S. 175 dans le catalogue des œuvres du compositeur établi par Humphrey Searle. Orchestrée dès 1863, la partition porte la référence S. 354 ou 113a.

 

L'œuvre est en deux mouvements, qu'Émile Haraszti rattache au chapitre 16 des Poètes franciscains en Italie de Frédéric Ozanam, et au chapitre 35 de la Vita di S. Francesco di Paola (et dont certaines partitions reproduisent les textes) :

 

« Saint François d'Assise. La Prédication aux oiseaux » en la majeur, à quatre temps

Allegretto — Recitativo — Solennemente — Dolcissimo — Dolce ;

« Saint François de Paule marchant sur les flots » en mi majeur, à quatre temps

Andante maestoso — Allegro maestoso ed animato — Lento.

 

Vladimir Jankélévitch insiste sur le fait que « Liszt cite volontiers en épigraphe les textes qui inspirent ses poèmes : un sonnet de Pétrarque, le chapitre des Fioretti sur la prédication aux oiseaux, quelques lignes de Lamartine, Ce qu'on entend sur la montagne de Victor Hugo ; mais quand le piano ou l'orchestre à leur tour élèvent la voix, quelque chose qui est d'un tout autre ordre nous pénètre».

 

La première Légende,» consacrée à la prédication de François d'Assise aux oiseaux, débute par « huit pages tout emplies du bruissement des sources, du pépiement, du gazouillis des oiseaux. Le concert pourrait durer à l'infini, paradisiaque. Sur le dernier accord arpégé s'élève la voix du saint (dolce parlante), reprend, attend le silence (en ré bémol majeur, solennemente) et, l'ayant obtenu, commence la prédication ». Sans même ce programme, ce seraient », selon Guy Sacre, « sept ou huit minutes de pure poésie sonore, de pure magie du clavier ».

 

Vladimir Jankélévitch comprend ces mesures « en état de prélude et d'attente prophétique », suivies d'« une oasis de recueillement et de rêverie. Au moment où François d'Assise va commencer sa prédication, les concerts d'oiseaux dans l'aigu s'interrompent ; après une pause solennelle, la voix la personnalité du saint franchissant le détroit de Messine, sa foi robuste, sa tranquille assurance face à l'agitation des flots ».

 

Considérant l'importance des « gammes, arpèges, doubles notes, etc. » dans cette pièce, Olivier Alain compte la Légende Saint François de Paule « parmi les plus belles études de main gauche ». L'instrument s'aventure alors dans « le mystère chromatique des basses, et l'on est longtemps à deviner où veut en venir cette alternance énigmatique de l'orage et de la pastorale », mais Vladimir Jankélévitch soutient que « l'improvisateur ne chercherait pas s'il n'avait déjà trouvé » : ce « cantique de Saint François de Paule marchant sur les flots qui n'est ni enroulé autour des arpèges ni suspendu aux trilles, mais flotte sur les profonds remous des basses, recherche dans le grave ce mélange d'océan et de brume d'où naîtra la musique».

 

La pièce « est conclue en « action de grâces » victorieuse : sur le thème initial de choral poudroient les rayons d'une lumière d'apothéose, d'une sorte d'Alléluia… » Vladimir Jankélévitch analyse l'emploi de mi majeur

du saint fait entendre son récitatif».

 

Alan Walker décrit « le sermon [qui] s'élève vers les cieux en une série d'accords solennels dont les harmonies, qui vont s'élargissant, suggèrent que Dieu lui-même observe la scène avec bienveillance».

 

La seconde légende, Saint François de Paule marchant sur les flots, que Louis Aguettant rapproche du poème symphonique Mazeppa, est « construite sur un thème en mi majeur, d'une majestueuse sérénité, qui tient à la fois de la marche et de la prière ». Ce thème « caractérise dès les premières mesures dans l'œuvre de Liszt, « tonalité hymnique. Les quatre dièses généreux expriment tantôt la Foi triomphante, tantôt l'Amour vainqueur. La musique en mi majeur est décidément la musique des royales effusions du cœur », que l'on retrouve dans « les moments triomphaux du Christus », par exemple.

 

Claude Rostand rattache les Deux légendes à « la veine des Années de pèlerinage, toutes deux non plus seulement impressionnistes, mais parfois presque descriptives». Louis Aguettant considère ces pièces « à la fois décoratives et mystiques, de vrais poèmes symphoniques pour piano».

 

De même que Guy Sacre entend dans ces pièces un « poème de l'air » et un « poème de l'eau », Frédéric Martinez observe que « recueillement ne rime pas avec claustration dans le vocabulaire lisztien». Olivier Alain identifie le contraste entre les pièces par « l'emploi systématique des régions extrêmes [du clavier] » : « sous-grave (« tempêtes » à la main gauche pour Saint François de Paule) et suraigu pour Saint François d'Assise (d'une façon quasi continue) ». Vladimir Jankélévitch approfondit cette observation sur les « registres extrêmes », puisque « Liszt ne respire que dans l'immensité» : « le diptyque des Légendes résume en quelque sorte cette opposition polaire. D'une part l'air du firmament, à travers lequel le signe de la croix partage les quatre points cardinaux, de l'autre les eaux profondes au-dessus desquelles la Genèse rapporte que flottait l'Esprit de Dieu ».

 

Alan Walker devine dans Saint François de Paule marchant sur les flots « la morale de la légende, selon Liszt lui-même, que les lois de la foi sont plus puissantes que les lois de la nature ». Pour Vladimir Jankélévitch, « Orphée, Ce qu'on entend sur la montagne, La Bataille des Huns et jusqu'à François d'Assise prêchant aux petits oiseaux marquent tous, chacun à sa manière, une victoire de l'homme et de l'humain sur la bestialité» : ainsi, « le vautour de Prométhée deviendra le rossignol de Saint François».

 

(D'après Wikipédia)