Maurice RAVEL

Gaspard de la nuit

 

(Guillaume Bellom, Mardi 4/08 , « Le Panoramic » à Puy-Saint-Vincent 1600)

 

 

Il faudra attendre trois ans après la Sonatine et les Miroirs pour voir paraître l’ensemble des trois pièces composant Gaspard de la nuit. C’est incontestablement l’une des plus belles œuvres de Ravel et l’une des grandes pages pianistiques du XXe siècle.

Le compositeur décida d’illustrer trois des soixante-cinq petites poèmes en prose écrits par le romantique Aloysius Bertrand. Ce triptyque désigné par Ravel « Poèmes pour piano » fut édité avec en regard de chaque morceau le texte littéraire qui était son prétexte.

 

Ondine :

« Ecoute ! Ecoute ! c’est moi, c’est Ondine qui frôle de ses gouttes d’eau les losanges sonores de ta fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune », chant que le poète n’entend pas. « Boudeuse et dépitée, l’ondine pleura quelques larmes, poussa un éclat de rire et s’évanouit en giboulées… ».

C’est d’abord un lent trémolo de triples croches ruisselantes. Ondine chante, supplie dans un crescendo. Puis c’est un brusque decrescendo, la vision d’enchantement disparaît en « giboulées » d’arpèges. L’impassibilité des derniers arpèges traduit la subite et horizontale indifférence de l’eau où a disparu Ondine.

 

Le gibet :

« C’est la cloche qui tinte aux murs d’une ville, sous l’horizon, et la carcasse du pendu que rougit le soleil couchant. »

Une pédale de si bémol égrène sa syncope obstinée. Autour de ce glas lugubre s’enchevêtrent en harmonies dissonantes des septièmes et des neuvièmes inquiétantes, plainte désespérée du pendu. Tout cela dans une nuance étouffée de pianissimo, dans un mouvement uniforme, « sans presser, ni ralentir jusqu’à la fin » (indication de Ravel). Un chant désolé, ultime écho du monde sensible, se glace plus loin en mélopée décolorée et morte.

 

Scarbo :

Scarbo est le nom d’un gnome surgi de contes fantastiques. « Que de fois j’ai entendu bourdonner son rire dans l’ombre de mon alcôve et grincer son ongle sur la soie des courtines de mon lit ! Que de fois je l’ai vu descendre le plancher, pirouetter sur un pied et rouler par la chambre comme un fuseau tombé d’une sorcière ! ».

 

Ces pages sont riches d’une virtuosité diabolique, ce scherzo s’élance sur un rythme instable, disloqué ; « bourdonnement », séquences chromatiques de seconde majeure etc., avec une grande richesse de timbres orchestrale. A la fin tout se calme, tout se dissipe comme dans un mauvais rêve.

 

D'après la Société de Musique de Chambre de Marseille