Richard STRAUSS (1864-1949)

Stimmungsbilder

 

(Guillaume BELLOM, Mardi 4 août, Puy-Saint-Vincent, Le Panoramic,18h)

 

 

 

1 -  Auf stillem Waldespfad (Sur un sentier forestier tranquille). Andante

2 - An einsamer Quelle (À une source solitaire). Lento

3 - Intermezzo. Allegretto

4 -   Träumerei (Rêverie). Andantino

5 -  Heidebild (Image de la lande). Lento ma non troppo

 

 

Richard Strauss est le fils d'un premier corniste de l'Orchestre Royal de Munich, Franz Strauss, qui était farouchement conservateur et anti-wagnérien, mais aussi et surtout un des meilleurs cornistes allemands (invité régulier à Bayreuth, où Hans von Bülow l’appelait « le Joachim du cor  ».

 

Richard, enfant prodige, est formé à l'école brahmsienne et découvre la musique par l'étude des œuvres des classiques allemands ainsi que des premiers romantiques, tels Schumann et Mendelssohn. La musique allemande connaît alors une période de conflit esthétique entre les tenants de la musique pure, parmi lesquels on compte Brahms, et les tenants de la musique à programme, dont le chef de file est le Hongrois Franz Liszt.

 

 Le père de Richard Strauss choisit de préserver son fils de l'influence wagnérienne. Richard ne découvrira donc véritablement la modernité et la puissance expressive des œuvres de Liszt et Wagner qu'une fois sa carrière de chef d'orchestre amorcée. Il est en effet initié à la musique à programme à partir de 1883, lorsqu'il est appelé à diriger l'orchestre de Meiningen, au sein duquel il se lie d'amitié avec le premier violon Alexander Ritter (en), un familier des cercles lisztiens.

 

En 1883 justement, âgé alors de 19 ans, Richard Strauss propose un nouveau recueil : les cinq Stimmungsbilder (« Images d’ambiances »). Que s’est-il passé en un an pour que le compositeur allemand établisse déjà les prémisses de son propre style ? La ligne parfois tortueuse du premier mouvement et surtout l’espièglerie de l’ostinato du troisième préfigurent le Till l’Espiègle à venir, quand la polyphonie complexe de la deuxième pièce, sans être aussi dense que celle de ses poèmes symphoniques, annonce déjà leur profondeur. Comme le fait remarquer Guillaume Bellom, la quatrième pièce du recueil (Träumerei) renvoie à nouveau à Schumann, cette fois-ci pour ses Scènes de la forêt. L’ensemble se finit dans le mystère du Heidebild, sorte de Joueur de vielle avec sa pédale obstinée, agrémenté d’un romantisme fantastique shakespearien, avant que sa fusée conclusive ne nous fasse penser à Scarbo après le Gibet du Gaspard de la nuit de Ravel.

 

 Les Stimmungsbilder ont été créées le 13 mars 1884 (n° 3 et 4) à Berlin par Richard Strauss lui-même au piano.